Bonjour, Madame Albanel.
J'ai compris. Vous n'avez pas supporté de vous faire dépasser sur votre droite par Kouchner la semaine dernière (lire billet précédent), vous alors avez décidé de ne pas lui laisser la palme du meilleur faux-cul 2008 du sarkozisme. De votre belle voix pleine de chamallows, vous avez répondu aux députés qui, jusque dans vos rangs, estiment que la nouvelle loi sur l'audiovisuel est un missile nucléaire contre France Télévision, vous avez répondu écrivais-je : "Nous avons fait le choix de l'ambition" contre celui de "l'obstruction".
Encore une fois, Madame le ministre, arrêtez de prendre les Français pour des cons. Même si 53% d'entre eux en ont donné une preuve l'an dernier, tout le monde ne prend pas vos mensonges et vos hypocrisies pour argent comptant. Un certain nombre des 53% ont depuis compris leur erreur.
Tout comme il était clair que le président de France Télévision devait indirectement sa nomination au pouvoir, il est clair aujourd'hui que notre charmant président (qui n'a dupé personne à la présidence de l'Europe) rend à ses amis ce qu'ils lui ont prêté pendant la campagne électorale. Un geste élégant qui présente le second avantage de règler leur compte à ceux, dans l'audiovisuel, qui n'ont pas trouvé en 2006-2007 le cirage pour frotter ses chaussures de candidat.
Et ne nous répétez plus, Madame le ministre, qu'il est normal que le gouvernement nomme le patron des chaînes publiques parce qu'il en est le principal actionnaire! Vous confondez allègrement le gouvernement et l'Etat.
Cette main mise généralisée fait irrésistiblement penser à ces républiques africaines victimes de tyrans élus sur leur opposition au potentat précédent et qui finissent toujours par faire pire. Mais chez nous, tout cela se fait dans l'apparence de la plus grande démocratie. Et si l'un des affidés venait à contester ne fut-ce qu'une décision du gouvernement, c'est chez le président que ça se termine. A titre d'exemple il faut voir comment les députés de droite hostiles à la loi sur l'ouverture des magasins le dimanche se sont fait convoquer chez le directeur !
Quant au président qui reste ostensiblement président de l'UMP en même temps que chef de l'Etat, aidez le bien à se préparer une belle retraite. Il investit en ce moment les biens de l'Etat dans ces fonds de pensions bien personnels que sont pour lui les Bouygues, Bolloré et consorts.
Notre Bonaparte de Neuilly, Madame le ministre, brade tout service public. Il ne veut que des écoles privées, des cliniques privées, des télés privées, des transports privés, une poste privée, une recherche privée, une retraite sans répartition, des assurances à la place de la sécurité sociale...
Alors, Madame le ministre, j'ai été très heureux à midi aujourd'hui quand ma fille de 14 ans est revenue du collège en me disant que son établissement étant bloqué par les lycéens, elle avait participé à sa première manifestation. On a chanté ensemble dans la salle de bain et sur l'air des lampions: "Darcos, si tu savais, ta réforme, ta réforme, Darcos, si tu savais, ta réforme où on se la met..."
J'ai le plaisir, Madame le ministre, de vous dire que vous n'avez pas fini d'entendre parler de la famille.
Bien à vous.