Européennes : La fausse victoire, la fausse défaite.
On commence peut-être à le savoir ici : je suis de gauche. Depuis toujours, je vote à gauche, à chaque consultation, j'ai voté PS, sauf deux fois. A un scrutin européen, déjà, j'avais voté écologiste, et en 2002 à la présidentielle quand arriva ce que je croyais jusqu'alors impossible : voter RPR. J'ai glissé dans la petite enveloppe, avec une drôle d'impression dans la bouche, un papier portant le nom de Jacques Chirac, c'est à dire ce dimanche-là le seul nom qui ne soit pas celui de Le Pen.
2009 : les Européennes. je suis toujours de gauche mais depuis la dernière présidentielle j'ai, vis à vis du PS, le curieux sentiment du cocu qui a l'impression de s'être fait empapaouter. Bien sûr ce PS on l'aime encore parce qu'on se souvient du soir du 10 mai 1981, on a les larmes aux yeux en se rappelant l'accolade de Pierre Mendès-France à François Miterrand (ou était-ce le contraire) le 21 mai de la même année, on se rappelle les lois Auroux, on admire toujours Badinter, . On respecte Martine Aubry pour le courage dont elle a fait preuve a moment des 35 heures. Bref, on est encore un peu romantique et tendre quand on repense à ce PS-là. Et puis il y a tous ces élus locaux, maires, conseillers généraux, conseillers régionaux qui font un super boulot et dont on n'entend presque jamais parler. Jetez un oeil sur ce qui se fait à Besançon, par exemple, et ça ranimera la flamme déclinante.
Et puis revient à la mémoire cette présidentielle toute récente. On se rappelle alors avoir retrouvé un goût amer. Celui qu'on avait ressenti en votant Ségolène Royal... la même sensation qu'en 2002... quand on avait voté Chirac pour ne pas apporter sa voix aux gros facho. Là on vote Ségo pour tenter d'éviter un autre facho, celui dont on pressent déjà qu'il a troqué ses gros godillots ferrés contre des Church's, mais qui résonnent quand même aussi sinistrement.
Alors, puisqu'on s'est fait floué la dernière fois, on se dit que cette fois-ci on va lui dire bien en face, à ce PS qu'on ne reconnait plus, qu'on est toujours de gauche mais qu'il y a d'autres moyens de le crier à la figure du nain de l'Elysée et à celles de ses complices.
Et puis ça tombe bien. parce qu'en même temps, on voit disparaître le parti communiste. Même avec des tas d'alliés, il ne compte plus du tout, juste histoire de dire qu'il faut bien quelques employés pour éteindre la place du Colonel-Fabien entre deux défilés de mode, le soir, avant de partir. Le PC disparu, on aurait pu craindre que le PS se retrouvait définitivement seul, sans alliance possible, condamné à une éternelle opposition. Et c'est là que la défaite d'hier se révèle une fausse défaite. Avec le surgissement à gauche du mouvement un peu hétéroclite mais sincère de Daniel Cohn-Bendit, l'ancien Dany le rouge devenu Dany le vert, c'est un nouvel espoir de majorité qui pointe son nez. Le PS a enfin à ses côtés une force non négligeable. Bien sûr, si on est très PS/PS, on va regretter la pâtée d'hier, mais si on se reconnaît simplement de gauche, contre le libéralisme sauvage, pour une France et une Europe qui font passer les êtres humains avant les dividendes, on est heureux. Le nul et non avenu François Bayrou est dans les choux... Reste la première place obtenue par la droite présidentielle.
La fausse victoire. Parce qu'avec 27% des 40% de votants, il faut reconnaître que la foule ne s'est pas pressée pour soutenir l'omniprésident. On pouvait se dire qu'après avoir écouté toutes les diatribes anti-Sarkozy, la "majorité" de Français qui, nous assure-t-on , se masse derrière le prestidigitateur des Hauts-de-Seine se serait précipitée aux urnes. Et plouf ! Alors qu'en 2004, le RPR et l'UDF avaient totalisé 28% des suffrages... l'UMP fait un point de moins, malgré l'étonnante multiréussite du mari de la chanteuse !
L'abstention enfin, expliquent les spécialistes de la chose électorale, viendrait surtout des franges habituées à voter à gauche. On a donc l'impression que roi est nu. Tout petit et tout nu.
Sarko fait aujourd'hui penser au chevalier noir des Monty Python, sans bras ni jambes, il pérore toujours et crie à la victoire.
Non, la défaite du PS hier n'est pas celle de Martine Aubry, c'est une conséquence de la candidature nullissime de Ségolène Royal. Une remontée acide d'un échec prévisible et qu'on n'a toujours pas digéré.
Le PS va, à nouveau, pouvoir négocier des alliances. Presque à armes égales avec son nouveau et miraculeux partenaire. Mais il devra oublier ses travers historiques. Gagner un peu d'humilité et travailler d'égal à égal avec le nouvel ami.
Je suis toujours de gauche et hier, je n'ai pas voté PS. J'ai donné ma voix à Daniel Cohn-Bendit et ses amis. J'en suis très heureux car aujourd'hui, à nouveau, je m'enthousiasme pour la gauche. A condition que le PS sache lire ce que veulent tous les Français qui ont voté comme moi : sachez vous allier, sans coup fourré et l'erreur historique qui a été celle de laisser l'Elysée à la droite la plus prévaricatrice de l'histoire sera rattrapée. Sinon, on gardera Napoléon à l'Elysée. Pas Napoléon 1er, mais Napoléon III. Napoléon le petit. Si Victor Hugo était toujours de ce monde, j'aimerais entendre ses interventions parlementaires contre Badinguet-Sarkozy. Je vais peut-être faire comme l'exilé de Guernesey, m'asseoir avec quelques-uns autour d'un guéridon à trois pieds et convoquer, à leur tour, ses mannes. S'il se manifeste, je vous rapporterai ses propos ici-même. Je suis sûr qu'il le dirait mieux que moi mais qu'au fond, nos pensées ne seraient pas bien éloignées.