Problème : Un homme de 56 ans, évadé de l'hôpital psychiatrique de Saint-Egrève, se rend à Grenoble, achète un poignard et tue la première personne qu'il rencontre, un étudiant-chercheur de 26 ans. Déterminez combien il y a de victimes, combien il y a de coupables et trouvez des solutions.
A ce problème compliqué, le gouvernement réuni va sans doute trouver des réponses simples. On va durcir le régime des sorties, appliquer une médication plus assommante encore, trouver une infirmière ou un médecin à punir et dire que plus jamais cela ne devra arriver.
Essayons de répondre à notre tour au problème énoncé plus haut. A première vue, nous avons un tueur, un tué et une arme. Des témoins ont vu le tueur enfoncer son arme dans le ventre du tué, il y a donc un coupable et une victime. On va enterrer le mort, déclarer que le coupable ne l'est pas puisqu'il s'est évadé d'un hôpital psychiatrique. On va donc s'empresser de l'y remettre, cadenasser à double tour la chambre capitonnée où il passera le restant de ses jours, assommé de tranquillisants avec vue sur un parc où il ne mettra plus jamais les pieds.
La société aura trouvé la solution pour ce malade-là, l'affaire sera close en attendant la suivante.
D"autres questions, certaines pour moi sans réponse, se posent pourtant.
Qui a donné de l'argent à ce malade ? Qui lui a vendu un poignard ? Des gens sains ? D'autres "fous" ?
Quel prix la société est-elle prête à faire payer à ses déviants pour assurer sa sécurité ? Car elle le doit à chacun de ses citoyens.
Un malade psy est-il toujours un citoyen ? Un homme ? Un individu ?
Les hôpitaux psychiatriques ont-ils les moyens humains et donc financiers d'apporter une réponse individuelle à des malades dont aucun ne ressemble à un autre?
Toutes les personnes en situation d'internement répondent-elles vraiment aux critères qui définissent un malade psychiatrique ?
Le personnel soignant, infirmiers et infirmières en tête, souvent dévoué, souvent épuisé, souvent en souffrance, parfois désabusé ne peut que parer au plus urgent alors que tout est urgent. Est-il plus important de financer l'armée, d'augmenter le salaire du président ou de refinancer des banques pillées par leurs gestionaires que de payer correctement un personnel suffisant dans ces hôpîtaux ?
N'est-ce pas aussi à la manière qu'une société a de traiter ses déviants, ses "fous", ses prisonniers, ses pauvres, ses handicapés qu'on reconnait le degré d'une civilisation ?
je n'ai pas la réponse à la moitié de ces questions, mais n'est-il pas parfois necessaire de les poser, juste, comme le disait Coluche, pour tenter modestement de faire avancer le Schmilblick ?